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Crevillent : quand toute une ville entre dans la Festa

Ce samedi 3 octobre 2026, Crevillent vit l’un des grands jours de ses Moros y Cristianos, fête d’Intérêt Touristique International. Comparsas, musique, costumes, histoire et Entrada Cristiana à 18 h 30 : voici ce qu’il faut comprendre avant d’y aller.

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Affiche « Crevillent — quand toute une ville entre dans la Festa » : défilé costumé des Moros y Cristianos dans une rue illuminée, au pied du château
Photo © Casa Costa

Il y a deux façons d’arriver à Crevillent pendant les Moros y Cristianos.

La première consiste à savoir exactement où l’on met les pieds.

La deuxième consiste à traverser tranquillement la ville en voiture et à se demander pourquoi quelqu’un habillé comme un guerrier médiéval vient de passer devant une pharmacie tandis qu’une fanfare joue au bout de la rue.

Personnellement, je trouve la deuxième méthode assez efficace.

Parce que pendant quelques jours, Crevillent ne ressemble plus tout à fait à Crevillent.

Les vêtements changent.

Les rues changent.

Le bruit change.

Les horaires deviennent approximatifs.

Les familles occupent l’espace public.

Les bandes de musique apparaissent partout.

Et surtout, une bonne partie de la population semble soudain appartenir soit au Bando Moro, soit au Bando Cristiano.

Bienvenue aux Moros y Cristianos.

Et aujourd’hui, samedi 3 octobre 2026, nous sommes justement au cœur de la fête.

Aujourd’hui : l’un des grands jours

Si vous cherchez une sortie pour CE SOIR, notez l’heure :

18 H 30.

C’est le départ de l’Entrada del Bando Cristiano.

Le parcours officiel annoncé traverse :

Calle Santo Tomás,

Avenida de Madrid,

Santísima Trinidad,

San Sebastián,

Plaza Chapí,

Blasco Ibáñez,

Plaza de la Constitución,

avant de se terminer au début de la Calle Sagrado Corazón de Jesús.

Mais si vous arrivez uniquement à 18 h 29 en pensant vous garer devant le cortège…

bonne chance.

Aujourd’hui, Crevillent n’est pas exactement dans son état de circulation habituel.

La journée a d’ailleurs commencé bien avant vous

Les plus courageux — ou les plus festeros — ont commencé à :

7 H DU MATIN.

Avec la Diana Festera.

Mora et cristiana.

Oui.

7 h.

Parce qu’en Espagne, nous possédons cette capacité remarquable à considérer simultanément que dîner à 22 h est parfaitement raisonnable et qu’une fanfare à 7 h du matin constitue une excellente idée.

Ensuite, à 11 h 30, le premier Pasacalles Oficial Festero fait entrer les comparsas dans le centre.

Puis vient le grand rendez-vous de 18 h 30.

L’Entrada Cristiana.

Mais au fait : qu’est-ce qu’on regarde exactement ?

C’est là que les choses deviennent intéressantes.

Parce que vu de l’extérieur, un défilé de Moros y Cristianos peut sembler être essentiellement :

de très beaux costumes,

des épées,

des chevaux,

des maquillages,

des plumes,

des fanfares,

et énormément de gens avançant très lentement avec un air extrêmement sérieux.

Mais la Festa possède son propre vocabulaire et sa propre organisation.

Une comparsa, ce n’est pas juste un groupe déguisé

Crevillent compte 12 comparsas.

Six du Bando Moro :

Beduinos,

Berberiscos,

Benimerines,

Omeyas,

Marroquíes,

Moros Viejos.

Et six du Bando Cristiano :

Almogávares,

Maseros,

Dragones,

Castellanos Leoneses,

Astures,

Caballeros del Cid.

Chaque comparsa possède sa propre identité.

Ses costumes.

Ses couleurs.

Ses traditions.

Ses membres.

Ses charges festives.

Et souvent plusieurs générations d’une même famille.

C’est probablement la première chose qu’un visiteur doit comprendre :

LES GENS NE VIENNENT PAS SIMPLEMENT PARTICIPER À UN DÉFILÉ.

Ils appartiennent à la fête.

Pour certains depuis l’enfance.

Les filaes : quand marcher devient une discipline

Pendant les Entradas, vous verrez les participants avancer en lignes parfaitement reconnaissables.

Ce sont les filaes.

Et si vous pensez :

« Bah, ils marchent juste ensemble »,

essayez.

Mettez dix personnes côte à côte.

Ajoutez des costumes parfois lourds.

Une musique extrêmement rythmée.

Des milliers de spectateurs.

Puis demandez à tout le monde :

d’avancer ensemble,

de garder l’alignement,

de respecter la cadence,

de rester élégant,

et de ne pas regarder ses pieds comme quelqu’un qui vient d’apprendre à marcher.

Tout de suite, ça devient légèrement plus compliqué.

Le cabo : celui que tout le monde regarde

À la tête d’une escuadra ou d’une filà se trouve souvent le cabo.

Son rôle est spectaculaire.

Gestes.

Attitude.

Relation avec la musique.

Interaction avec la formation.

Un bon cabo ne se contente pas d’indiquer la direction.

Il donne une personnalité à tout le groupe.

C’est presque une chorégraphie.

Et une fois que vous commencez à observer les différences entre les cabos, vous ne regardez plus le défilé de la même manière.

Et la musique ?

Impossible de comprendre les Moros y Cristianos sans elle.

Marches moras.

Marches cristianas.

Pasodobles.

Percussions.

Cuivres.

Le rythme change complètement la manière dont les filaes avancent.

Une Entrada sans musique serait comme regarder Star Wars sans bande-son.

Techniquement possible.

Émotionnellement assez catastrophique.

La musique festera est une véritable culture en elle-même dans la province d’Alicante.

Et dans une ville comme Crevillent, elle n’accompagne pas la fête.

Elle en fait partie.

Pourquoi Crevillent est particulier ?

Des Moros y Cristianos, il y en a énormément dans la Communauté valencienne.

Alcoy possède les plus célèbres.

Villajoyosa a son spectaculaire débarquement.

Orihuela possède également une énorme tradition.

Alors pourquoi Crevillent ?

D’abord parce que ses fêtes sont reconnues comme FIESTA DE INTERÉS TURÍSTICO INTERNACIONAL depuis 2017.

Mais surtout parce que leur scénario historique possède une particularité importante.

À Crevillent, l’histoire racontée ne se termine pas simplement par :

les chrétiens gagnent,

les musulmans perdent,

rideau.

La représentation s’inspire de l’histoire médiévale locale et met en scène une capitulation négociée.

Le Ra’is musulman de Crevillent rend hommage au roi Jaume I.

Il y a pacte.

Négociation.

Prise de possession.

Pas simplement conquête militaire.

Les Embajadas de Crevillent ont d’ailleurs été reconnues comme Bien de Relevancia Local Inmaterial.

Et cette nuance historique rend la fête beaucoup plus intéressante qu’un simple affrontement théâtral entre deux camps.

1965 : la fête moderne commence

Autre surprise :

la version actuelle des Moros y Cristianos de Crevillent n’est pas vieille de quatre siècles.

Elle naît officiellement en 1965.

Le premier grand défilé moderne sort dans les rues le 3 octobre 1965.

Exactement 61 ans avant aujourd’hui.

Des participants d’Ibi et d’Alcoy apportent alors leur collaboration à cette première édition.

Puis la fête grandit.

Les comparsas se structurent.

Les costumes évoluent.

Les défilés prennent de l’ampleur.

Et en quelques décennies, ce qui était une nouvelle célébration devient l’un des marqueurs identitaires majeurs de la ville.

C’est intéressant parce que nous imaginons souvent qu’une « tradition » doit obligatoirement être médiévale pour être authentique.

Pas du tout.

Une tradition peut naître au XXe siècle et devenir profondément enracinée deux générations plus tard.

Et les femmes ? À Crevillent, elles sont là depuis le début

C’est un point assez important dans l’histoire locale.

La participation féminine constitue l’une des caractéristiques particulières régulièrement soulignées par Crevillent.

Les femmes participent à la Festa depuis ses débuts.

Les archives municipales possèdent notamment des photographies de filaes féminines datant déjà des premières années.

En 1967, deux ans seulement après la naissance officielle des fêtes modernes, une filà féminine des Moros Viejos Tuareg était déjà photographiée.

Aujourd’hui, les femmes occupent évidemment une place spectaculaire dans les Entradas, avec leurs propres formations, costumes et chorégraphies.

Et si vous allez voir le défilé ce soir, vous comprendrez très vite pourquoi le public les attend.

Est-ce historiquement exact ?

Non.

Et il vaut mieux le dire.

Les Moros y Cristianos ne sont pas une reconstitution historique au sens scientifique.

Les costumes sont souvent extraordinairement élaborés.

Mais certains ont à peu près autant de chances d’avoir existé au XIIIe siècle qu’un téléphone portable.

Il y a du spectaculaire.

Du théâtre.

De l’esthétique.

De l’imaginaire orientaliste.

Des éléments historiques mélangés à des créations modernes.

Et ce n’est pas nécessairement un problème.

Le problème apparaîtrait uniquement si on présentait tout cela comme une reconstruction exacte de l’habillement médiéval.

Ce n’est pas le cas.

Une Entrada est un spectacle festif.

Pas un documentaire archéologique.

Et oui, certains costumes sont complètement démesurés

Plumes.

Métal.

Broderies.

Casques.

Capes.

Maquillage.

Armes décoratives.

Chaussures.

Bijoux.

Accessoires.

Certains ensembles sont absolument magnifiques.

D’autres flirtent joyeusement avec le concept :

« Et si on ajoutait encore quelque chose ? »

Puis quelqu’un répond :

« Des plumes ? »

« Oui. »

« Du métal ? »

« Aussi. »

« Un dragon ? »

« Pourquoi pas. »

Et c’est précisément ce qui fait partie du plaisir.

Les Entradas ne sont pas connues pour leur minimalisme scandinave.

Le vrai luxe de la fête : les bandes de musique

On pourrait facilement ne regarder que les costumes.

Ce serait une erreur.

Observez les musiciens.

Ils marchent pendant des heures.

Ils jouent.

Ils maintiennent le rythme.

Ils relancent l’énergie.

Et ils transforment une file de personnes costumées en véritable Entrada.

Si vous avez déjà assisté à un défilé de Moros y Cristianos en étant placé suffisamment près d’une banda lorsque démarre une grande marche mora, vous connaissez cette sensation.

On l’entend.

Mais surtout :

on la sent.

Les percussions traversent littéralement la rue.

Comment voir l’Entrada de ce soir sans devenir fou ?

Premier conseil :

ARRIVEZ TÔT.

Le départ est annoncé à 18 h 30.

Cela ne signifie pas :

« Cherchez une place de parking à 18 h 20. »

Essayez d’arriver largement en avance.

Marchez jusqu’au parcours.

Prenez un café.

Regardez la ville se préparer.

C’est aussi ça, la fête.

Deuxième conseil :

NE CHERCHEZ PAS ABSOLUMENT À VOUS COLLER AU DÉBUT DU PARCOURS.

Les zones les plus évidentes se remplissent.

Il peut être plus agréable de choisir un point un peu plus loin.

Troisième conseil :

AVEC DES ENFANTS, PRÉVOYEZ EAU + PETIT EN-CAS.

Un grand défilé peut être long.

Très long.

« On regarde juste un peu » peut se transformer en deux heures sans que personne ne comprenne exactement comment.

Quatrième conseil :

NE TRAVERSEZ PAS UNE FILÀ.

Cela paraît évident.

Apparemment, ça ne l’est pas toujours.

Ce soir, la fête ne s’arrête pas après le défilé

La Barraca Municipal 2026 fonctionne également pendant ce week-end.

Et ce samedi 3 octobre, la tête d’affiche annoncée est Duncan Dhu, avec Mikel Erentxun.

Le concert se déroule dans le cadre de la programmation nocturne installée Calle Óscar Esplá.

La soirée doit également être complétée par Pablo Músico et DJ Alejo.

Donc oui :

vous pouvez commencer la journée avec une Diana Festera à 7 h,

regarder les comparsas à midi,

assister à l’Entrada Cristiana à 18 h 30,

puis terminer avec Duncan Dhu.

Crevillent n’a manifestement pas prévu beaucoup de sommeil ce week-end.

Demain, 4 octobre : San Francisco de Asís

Le dimanche 4 octobre correspond à la fête du patron de Crevillent :

San Francisco de Asís.

Les célébrations patronales et les Moros y Cristianos sont intimement liées.

Donc si vous ratez aujourd’hui, le week-end festif n’est pas terminé.

Mais vérifiez toujours le programme officiel avant de partir : horaires, parcours et actes peuvent être modifiés.

Et si vous n’aimez pas les foules ?

Alors soyons francs.

N’allez pas voir l’Entrada principale en espérant une promenade méditative.

Ce sera :

bruyant,

dense,

animé,

parfois compliqué pour circuler,

et pas exactement adapté à quelqu’un qui recherche deux heures de silence intérieur.

En revanche, vous pouvez découvrir le Museo de la Festa à une autre période de l’année.

Le Casal Festero se trouve Plaza de la Constitución, nº 11.

On y conserve notamment :

des costumes,

des objets liés aux fêtes,

des tenues de reines, sultanes et capitaines,

des affiches,

et des œuvres consacrées à la Festa.

C’est une excellente solution pour comprendre la tradition sans devoir négocier un trottoir avec 4 000 personnes.

Le détail que j’aime le plus

Ce n’est pas le costume le plus cher.

Ni le cheval.

Ni la carroza.

C’est regarder les familles.

Le grand-père qui connaît toutes les marches.

La mère qui remet un morceau de costume.

L’enfant dans sa première tenue.

L’adolescent qui rejoint sa filà.

Les gens qui se saluent depuis les balcons.

Parce que c’est là qu’on comprend pourquoi ces fêtes survivent.

Une municipalité peut financer des illuminations.

Une association peut organiser un parcours.

Un costumier peut fabriquer une tenue incroyable.

Mais une fête populaire ne devient réellement une tradition que lorsque les gens ont envie de la transmettre.

FAQ — Moros y Cristianos de Crevillent

À quelle heure a lieu l’Entrada Cristiana ce samedi 3 octobre 2026 ?

Le départ est annoncé à 18 h 30.

Combien y a-t-il de comparsas ?

Crevillent compte 12 comparsas : six moras et six cristianas.

Depuis quand existe la fête moderne ?

La première édition moderne date de 1965. Le premier défilé eut lieu le 3 octobre 1965.

La fête est-elle reconnue officiellement ?

Oui. Les Moros y Cristianos de Crevillent sont Fiesta de Interés Turístico Internacional depuis 2017.

Les costumes sont-ils historiquement exacts ?

Non. La fête s’inspire de l’histoire mais les Entradas sont des spectacles contemporains mêlant références historiques, tradition festive et création artistique.

Quelle est la particularité des Embajadas de Crevillent ?

Elles mettent notamment en scène une négociation et une capitulation devant Jaume I plutôt qu’une simple victoire militaire. Elles sont reconnues comme Bien de Relevancia Local Inmaterial.

Est-ce adapté aux enfants ?

Oui, mais prévoyez la durée, le bruit, la foule, de l’eau et éventuellement des protections auditives pour les plus sensibles.

Peut-on découvrir la fête en dehors d’octobre ?

Oui. Le Museo de la Festa / Casal Festero permet de découvrir costumes, objets et histoire de la célébration.

Ce soir, ne regardez pas seulement le défilé

Regardez les gens autour.

Celui qui connaît déjà la musique avant que la banda arrive.

La petite fille qui observe la Bellea de sa comparsa comme si elle regardait une princesse.

Le monsieur au balcon qui a probablement vu cinquante éditions.

Les amis qui se retrouvent.

Les familles qui attendent quelqu’un dans le cortège.

C’est là que se trouve la vraie différence entre un spectacle organisé pour les touristes et une fête appartenant encore à une ville.

Vous pouvez venir à Crevillent ce soir pour voir de magnifiques costumes.

Vous repartirez peut-être en ayant compris quelque chose de beaucoup plus intéressant :

la Festa n’est pas simplement ce qui passe dans la rue.

La Festa, ce sont les gens qui attendent son retour toute l’année.